Aucune nouvelle vulnérabilité requise
ESET Research a publié une analyse portant sur 11 bootloaders UEFI vulnérables. Tous sont signés par Microsoft via le certificat tiers Microsoft Corporation UEFI CA 2011.
Ces binaires, en version 0.9 ou antérieure, permettent de contourner UEFI Secure Boot. Ils exploitent des failles de conception connues depuis près d’une décennie, sans qu’il soit nécessaire de découvrir une nouvelle faille dans le firmware ou dans le processus de vérification de signature.
« Ce qui rend ces anciens bootloaders dangereux, ce n’est pas la découverte d’une nouvelle vulnérabilité, mais le fait qu’aucune faille supplémentaire n’est nécessaire pour contourner UEFI Secure Boot. Il suffit de disposer d’une ancienne version signée, toujours considérée comme fiable mais non révoquée, et de comprendre le fonctionnement des bootloaders shim UEFI. Cela permet de neutraliser un mécanisme de sécurité pourtant essentiel. »
« Afin d’illustrer les risques, notre rapport détaille plusieurs vulnérabilités présentes dans les bootloaders identifiés. Simples à exploiter, elles montrent l’ampleur de la surface d’attaque exposée par ces composants », ajoute Martin Smolár.
Le mécanisme : des shims légitimes, jamais révoqués
Le projet shim UEFI a évolué au fil des années. De nouveaux mécanismes de sécurité y ont été ajoutés progressivement.
En parallèle, de nombreux éditeurs — outils de diagnostic, distributions Linux, utilitaires UEFI divers — ont compilé leurs propres versions à partir du code source disponible. Ils les ont ensuite fait signer par Microsoft, conformément au modèle de fonctionnement des shims.
Or les anciennes versions signées n’ont pas systématiquement été révoquées. Elles permettent pourtant, par conception, de contourner les protections introduites dans les versions ultérieures.
Conséquence directe : un attaquant n’a pas besoin de compromettre le logiciel spécifique pour lequel un bootloader vulnérable a été conçu. Il lui suffit de déposer sa propre copie d’un binaire vulnérable sur n’importe quelle machine faisant confiance au certificat Microsoft UEFI CA 2011, quel que soit le système d’exploitation installé. Il peut ainsi exécuter du code non approuvé dès le démarrage et déployer un bootkit UEFI.
Périmètre d’exposition
Tous les systèmes UEFI s’appuyant sur la signature tierce de Microsoft sont concernés. Seule exception : les PC Windows 11 Secured-core, où la confiance accordée à ce certificat tiers est désactivée par défaut. La surface d’attaque exploitable via cette chaîne de confiance s’en trouve d’autant réduite.
Coordination avec le CERT/CC et révocation Microsoft
ESET a signalé l’ensemble des vulnérabilités au CERT/CC. Microsoft a ensuite révoqué les 11 binaires concernés, empêchant désormais leur exploitation via la chaîne de confiance UEFI Secure Boot standard.
Pour les équipes IT et sécurité, l’application de ces révocations reste la seule protection efficace. Sur les parcs Windows, elle se fait via Windows Update. Sur les parcs Linux, via le Linux Vendor Firmware Service (LVFS).
Un audit du statut des révocations UEFI (dbx) déployées sur le parc est recommandé, en particulier sur les postes et serveurs les plus anciens ou rarement mis à jour au niveau firmware, afin de vérifier l’absence d’exposition résiduelle.

Source : « Forgotten UEFI shims undermining Secure Boot », WeLiveSecurity (ESET Research)


