La réorientation des capacités de production mémoire vers l’intelligence artificielle provoque une pénurie sans précédent pour l’électronique grand public. Résultat : les trois principaux fabricants chinois de smartphones — Xiaomi, Oppo et Vivo — opèrent leur deuxième révision à la baisse de l’année, dans un secteur qui se dirige vers sa contraction la plus sévère depuis plus d’une décennie.
Une deuxième vague de coupes en six mois
Selon Nikkei Asia, Xiaomi, Oppo et Vivo ont notifié leurs fournisseurs d’une nouvelle réduction de leurs objectifs de livraisons pour l’exercice 2026, atteignant jusqu’à 30 % par rapport aux prévisions initiales. Cette annonce du 29 juin marque la deuxième révision à la baisse effectuée en moins de six mois par les trois fabricants.
Xiaomi est le plus affecté : son objectif est désormais fixé à environ 95 millions d’unités, soit une chute d’approximativement 30 %. Pour mémoire, le South China Morning Post avait déjà signalé une première révision portant l’objectif initial de 180 millions d’unités à 110 millions. La trajectoire est donc celle d’un effondrement progressif des ambitions de volumes.
Oppo et Vivo avaient déjà amorcé le mouvement en janvier : Oppo avait réduit ses prévisions de plus de 20 %, Vivo de près de 15 %. Transsion avait pour sa part ramené son objectif en dessous des 70 millions d’unités. Les dernières révisions approfondissent considérablement ces premières coupes, notamment sur les segments entrée et milieu de gamme, ainsi que sur les marchés à l’export.
La cause structurelle : la DRAM aspirée par l’IA
L’origine du problème est bien identifiée par les analystes : Samsung, SK Hynix et Micron Technology — qui concentrent plus de 90 % de la production mondiale de DRAM — ont massivement réorienté leurs capacités de fabrication vers les applications d’intelligence artificielle. Cette bascule, portée par l’explosion de la demande en mémoire HBM (High Bandwidth Memory) pour les GPU et les serveurs d’IA, comprime mécaniquement l’offre disponible pour les appareils grand public.
La division mémoire de Samsung a explicitement prévenu que les pénuries affectant l’ensemble de sa gamme persisteraient au moins jusqu’en 2027. Certains clients industriels ont d’ores et déjà sécurisé des allocations avec plusieurs années d’avance, aggravant la tension sur le marché secondaire. Les fabricants de smartphones se retrouvent ainsi en concurrence directe avec les hyperscalers pour un composant critique.
Un marché en contraction record
Le contexte macroéconomique du secteur est alarmant. IDC prévoit une baisse des expéditions mondiales de smartphones de près de 14 % sur l’ensemble de l’année 2026 par rapport à 2025. Reuters fait état d’une contraction du marché mondial à hauteur de 13,9 %, tandis que Counterpoint Research projette un recul de 12 %. Ces trois estimations convergent vers le même diagnostic : 2026 sera l’année la plus difficile pour le secteur mobile depuis 2013 en termes de volumes d’expéditions.
Le marché chinois — pourtant premier marché mondial — n’échappe pas à la tendance. Selon IDC, les livraisons ont reculé de 3,3 % en glissement annuel au premier trimestre 2026, à environ 69 millions d’unités. La hausse des coûts des mémoires et des composants oblige les fabricants à remonter en gamme : la stratégie de reprise par les volumes est abandonnée au profit d’une logique de protection des marges, avec une concentration sur les modèles premium.
Horizon de sortie de crise : fin 2027 au plus tôt
Les analystes de Counterpoint Research et d’IDC s’accordent à situer les premiers signes d’amélioration au plus tôt à fin 2027, et uniquement sous réserve de l’entrée en production de nouvelles capacités mémoire. En attendant, les fabricants chinois doivent absorber un double choc : la hausse des coûts de composants et la compression des volumes, dans un environnement de change et de tarifs douaniers également défavorable.
Pour les professionnels IT de la région francophone — distributeurs, opérateurs télécoms, entreprises gérant des flottes mobiles —, cette recomposition du marché implique une réévaluation des politiques d’approvisionnement et des cycles de renouvellement. La disponibilité des modèles d’entrée et de milieu de gamme sera durablement contrainte, avec des répercussions directes sur les prix de détail et les délais de livraison.


