29,1 % du marché mondial : une hégémonie construite technologie par technologie
Le chiffre parle de lui-même. En 2025, Samsung Electronics contrôle 29,1 % du marché mondial des téléviseurs en valeur, selon les données du cabinet Omdia — ce qui signifie concrètement que près d’un téléviseur vendu sur trois dans le monde sort des chaînes de production du géant de Suwon. Et ce, pour la vingtième année consécutive depuis 2006.
Mais derrière la longévité du record se lit une réalité industrielle plus complexe : chaque décennie, Samsung a su identifier la rupture technologique suivante avant ses concurrents, l’industrialiser à grande échelle et l’imposer comme nouveau standard de marché. Une mécanique d’innovation offensive que peu d’acteurs de l’électronique grand public ont réussi à maintenir aussi longtemps.
De la dalle LED au Micro LED : vingt ans de ruptures technologiques
La trajectoire de Samsung sur le marché des téléviseurs est indissociable de l’évolution des technologies d’affichage elles-mêmes. En 2009, l’entreprise accélère la généralisation du rétroéclairage LED, remplaçant les tubes fluorescents CCFL par des diodes électroluminescentes — un saut qui réduit drastiquement l’épaisseur des dalles et améliore leur efficacité énergétique.
En 2017, Samsung franchit une nouvelle frontière avec le QLED : des points quantiques (Quantum Dots) nanométriques intégrés dans le panel permettent d’élargir significativement le spectre colorimétrique et d’atteindre des niveaux de luminosité inédits pour des dalles LCD. Une réponse directe à la montée en puissance de l’OLED, sur laquelle Samsung choisit alors de ne pas parier — du moins pas encore.
La même année, The Frame redéfinit le positionnement produit du téléviseur : ce n’est plus seulement un écran, c’est un objet hybride, à mi-chemin entre terminal multimédia et œuvre d’art numérique, capable de s’effacer visuellement dans un intérieur quand il n’est pas utilisé.
En 2018, Samsung pousse la résolution à ses limites actuelles avec le 8K : 7 680 × 4 320 pixels, soit 33,2 millions de points d’image — quatre fois la densité du 4K UHD. Une démonstration de maîtrise technologique autant qu’un pari industriel sur l’évolution des contenus.
Puis vient la rupture la plus radicale : en 2020, Samsung introduit le Micro LED. Contrairement au LCD-QLED qui repose sur un rétroéclairage, le Micro LED est une technologie auto-émissive — chaque pixel génère sa propre lumière via une micro-diode RGB de quelques micromètres. Résultat : des niveaux de contraste proches de l’infini, une luminosité crête exceptionnelle, une durée de vie supérieure à l’OLED, et une absence totale de burn-in. Une technologie qui s’imposait jusqu’ici uniquement sur les installations professionnelles et les très grands formats.
Neo QLED, OLED, Micro LED RGB : la stratégie multi-technologie de 2025
En 2025, Samsung ne mise plus sur une seule technologie d’affichage : il pilote simultanément plusieurs générations de dalles, chacune ciblant un segment de marché distinct.
Le Neo QLED — qui associe rétroéclairage Mini LED à matrice locale (local dimming) ultra-précise et couche Quantum Dot — reste le cœur de gamme premium de la marque. La technologie Mini LED permet de subdiviser le rétroéclairage en plusieurs milliers de zones indépendantes, offrant un contrôle du contraste nettement supérieur aux anciennes architectures LED edge-lit ou full-array basiques.
L’OLED fait désormais partie de l’offre Samsung, via des panels qu’il sourcé auprès de LG Display, tout en développant en parallèle sa propre technologie QD-OLED — une dalle OLED bleue couplée à une couche de Quantum Dots pour améliorer la couverture colorimétrique et la luminosité par rapport à l’OLED classique.
Le Micro LED RGB constitue le segment ultra-premium, avec des modèles grand format taillés pour les environnements exigeants : home cinéma haut de gamme, salles de réception, installations résidentielles de prestige. En 2025, Samsung élargit sa gamme Micro LED en termes de diagonales disponibles, cherchant à faire descendre progressivement cette technologie vers des formats plus accessibles — un défi de miniaturisation et de réduction des coûts de fabrication que l’industrie suit de très près.
L’IA embarquée : le prochain vecteur de différenciation
Au-delà des technologies de dalle, c’est désormais sur le traitement du signal et l’intelligence artificielle que Samsung concentre une partie croissante de ses investissements R&D.
Les processeurs dernière génération intégrés dans les téléviseurs Samsung embarquent des moteurs d’inférence IA dédiés, capables d’opérer en temps réel sur plusieurs flux simultanés : upscaling neuronal des contenus basse résolution vers le 4K ou le 8K, optimisation dynamique de la luminosité et du contraste selon le contenu affiché, séparation intelligente des pistes audio pour améliorer la spatialisation sonore, et personnalisation automatique des profils image selon les préférences d’usage détectées.
Cette intégration de l’IA au niveau silicium — et non plus en surcouche logicielle — représente un changement de paradigme pour l’industrie des téléviseurs. Elle positionne l’écran Samsung non plus comme un terminal passif, mais comme un système de traitement actif, capable d’améliorer objectivement la qualité d’un contenu source dégradé.
Un marché mondial sous pression, un leadership qui résiste
Le marché mondial des téléviseurs n’est pas un marché en croissance facile. La saturation dans les pays développés, la pression tarifaire exercée par les fabricants chinois — TCL, Hisense — sur le segment entrée et milieu de gamme, et la contraction des cycles de renouvellement constituent des vents contraires structurels.
Samsung répond à cette pression par une stratégie de premiumisation assumée : concentrer la valeur et les marges sur les segments où la technologie reste un vecteur de différenciation réel — le très grand format, l’ultra-haute résolution, l’IA embarquée — tout en défendant sa présence dans les gammes intermédiaires grâce à la démocratisation progressive du Mini LED.
« Notre leadership depuis 20 ans sur le marché mondial des téléviseurs reflète cette confiance, fondée sur des décennies d’excellence technique et d’innovation haut de gamme », a déclaré SW Yong, President et Head of the Visual Display Business chez Samsung Electronics.
Vingt ans de premier rang, et une feuille de route technologique qui ne montre aucun signe d’essoufflement. Le vrai test pour Samsung sera de transformer sa maîtrise du Micro LED — encore cantonnée au très haut de gamme — en avantage compétitif de masse. Si l’histoire récente est un indicateur, le scénario n’est pas improbable.


