L’industrie du logiciel traverse une zone de turbulences inédite, mais Figma refuse de se laisser distancer. En dévoilant lundi sa nouvelle fonctionnalité « Code to Canvas », conçue main dans la main avec Anthropic (le créateur de Claude), la plateforme de design tente un pari audacieux : réconcilier le code pur et la création visuelle.
Un pont entre le code de Claude et le canevas de Figma
Le fonctionnement de cette innovation repose sur une fluidité technique jusque-là absente du marché. Grâce au Model Context Protocol de Figma, les développeurs utilisant Claude Code peuvent désormais transformer une simple ligne de commande en un environnement de design complet. En tapant « Envoyer vers Figma », le rendu d’un navigateur se métamorphose instantanément en calques Figma modifiables.
Pour Dylan Field, PDG de Figma, cette avancée n’est pas qu’un gadget technique. C’est une réponse philosophique à l’IA : « Dans un monde où l’IA peut créer tout ce que vous exprimez, votre mission principale devient de dénicher la meilleure solution parmi une infinité de possibles », a-t-il partagé sur LinkedIn. Selon lui, manipuler directement un design sur un canevas reste bien plus efficace pour comparer des variantes que de multiplier les prompts dans un environnement de code.
Figma face à la « SaaSpocalypse »
Ce lancement ne doit rien au hasard du calendrier. Il intervient alors que le secteur technologique subit ce que les analystes appellent la « SaaSpocalypse ». Début 2026, une vague de panique a balayé près de 1 000 milliards de dollars de capitalisation boursière sur les valeurs logicielles. Figma, qui avait fait une entrée fracassante en bourse en juillet 2025 avec un bond de 250 % dès le premier jour, n’est pas épargnée.
L’action de l’entreprise a chuté d’environ 85 % par rapport à son sommet annuel de 142,92 $. Les investisseurs s’interrogent : les outils d’IA vont-ils rendre les logiciels de design traditionnels obsolètes ? La réponse de Figma est claire : s’intégrer plutôt que de résister. Ce partenariat avec Anthropic prolonge d’ailleurs une collaboration initiée en janvier dernier, qui avait déjà permis d’injecter Claude dans FigJam pour la création de diagrammes.
Les enjeux financiers du 18 février
Le marché aura les yeux rivés sur Figma ce mardi 18 février lors de la publication des résultats du quatrième trimestre 2025. Les analystes tablent sur un chiffre d’affaires de 293 millions de dollars avec un bénéfice par action estimé par Zacks à 7 cents. Ces chiffres seront le baromètre de la résilience de Figma face à la disruption de l’IA.
Le design : le dernier rempart de la pensée divergente ?
Au-delà de la finance, c’est l’avenir du métier de designer qui se joue. Si les agents de codage permettent aujourd’hui de générer des applications fonctionnelles en quelques secondes, Dylan Field soutient que le processus de conception reste le garant de la qualité.
Le canevas de Figma offre une « vue d’ensemble » que les interfaces de code (IDE) ne peuvent égaler. En permettant de comparer des approches côte à côte, « Code to Canvas » encourage une pensée divergente. L’IA facilite le développement, certes, mais l’humain reste le curateur final, celui qui choisit la direction artistique et l’expérience utilisateur optimale.


